L’égalité ln(1) = 0 est l’une des premières valeurs remarquables du logarithme népérien que les élèves de terminale spécialité rencontrent. Elle paraît simple, presque évidente une fois posée, et pourtant elle concentre plusieurs confusions tenaces – et, pour les esprits curieux, une cohérence mathématique qui mérite d’être déroulée jusqu’au bout.
ln(1) = 0 : ce que dit la définition de la fonction réciproque
La fonction logarithme népérien est définie comme la réciproque de la fonction exponentielle sur ]0 ; +∞[. Cela signifie que ln(x) est l’unique réel y vérifiant e^y = x. Appliqué à x = 1 : quel exposant faut-il donner à e pour obtenir 1 ? La réponse est 0, parce que e^0 = 1 est une propriété de base de l’exponentielle, valable pour tout réel strictement positif à la base.
ln(1) = 0 n’est pas une convention : c’est une conséquence directe de e^0 = 1. On ne peut pas obtenir un autre résultat sans contredire la définition elle-même. Ce point est important à ancrer, car plusieurs erreurs classiques en terminale viennent d’une confusion entre les deux fonctions plutôt que d’une méconnaissance du calcul.
La confusion symétrique avec e^0
Une erreur récurrente consiste à écrire ln(0) = 1, par analogie inversée avec e^0 = 1. Ce raisonnement inverse la relation sans respecter le domaine de définition : ln n’est pas définie en 0 (ni pour des valeurs négatives). Le domaine de la fonction logarithme népérien est strictement ]0 ; +∞[, et 0 n’en fait pas partie.
L’autre confusion symétrique est d’écrire ln(1) = 1, en transposant la valeur ln(e) = 1. Ces deux valeurs remarquables – ln(1) = 0 et ln(e) = 1 – sont à distinguer soigneusement : elles correspondent à deux questions différentes posées à la même fonction réciproque.
Interprétation géométrique : l’aire sous la courbe de 1/x
Une lecture moins algébrique de ln(x) passe par l’intégrale. Le logarithme népérien peut être défini comme l’aire signée sous la courbe y = 1/t, entre 1 et x. Formellement, ln(x) correspond à l’intégrale de 1/t entre les bornes 1 et x.
À x = 1, les deux bornes d’intégration coïncident : l’intervalle est de longueur nulle, l’aire vaut donc 0. Cette interprétation donne à ln(1) = 0 une signification géométrique immédiate, indépendante de la relation avec l’exponentielle.
Elle rattache aussi la fonction à une longue histoire : des travaux de Grégoire de Saint-Vincent et d’Alphonse de Sarasa au XVIIe siècle ont établi ce lien entre l’hyperbole y = 1/x et les logarithmes, bien avant que la notation et la formalisation modernes n’existent.

Pente en x = 1 et approximation linéaire
La dérivée de ln(x) est 1/x. En x = 1, cette dérivée vaut 1, ce qui signifie que la tangente à la courbe en ce point a une pente de 1. On en tire une approximation utile en analyse : pour h proche de 0, ln(1 + h) est proche de h. Cette propriété, liée à la valeur nulle de ln en 1, est exploitée dans plusieurs développements limités et dans l’étude des comportements asymptotiques de fonctions composées.
Propriétés algébriques du logarithme et rôle de la valeur nulle
Les propriétés fondamentales du logarithme népérien éclairent pourquoi la valeur nulle en 1 n’est pas anodine dans les calculs.
- ln(a × b) = ln(a) + ln(b) pour a, b > 0 : le logarithme transforme un produit en somme. En posant b = 1, on retrouve ln(a) = ln(a) + ln(1), ce qui force ln(1) = 0. La cohérence de toute la structure algébrique dépend de cette valeur.
- ln(a / b) = ln(a) – ln(b) : en posant a = b, ln(1) = ln(a) – ln(a) = 0. Même résultat, obtenu par un autre chemin.
- ln(a^n) = n × ln(a) : en posant a = 1, on obtient n × ln(1) pour tout n, ce qui n’est cohérent que si ln(1) = 0.
Ces trois vérifications montrent que ln(1) = 0 est le seul résultat compatible avec les propriétés algébriques fondamentales du logarithme. La valeur nulle en 1 joue le même rôle structurel que le 0 dans l’addition ou le 1 dans la multiplication : c’est un élément neutre qui garantit la cohérence de l’ensemble.
ln(1) = 0 dans les exercices de terminale : où cela intervient concrètement
La reconnaissance immédiate de ln(1) = 0 est utile dans plusieurs types d’exercices du programme de terminale spécialité maths.
Dans la résolution d’équations logarithmiques, un membre de l’égalité se ramène souvent à ln(expression) = 0, ce qui équivaut à expression = 1 (par définition de la réciproque). Manquer ce passage alourdit inutilement le calcul ou conduit à une erreur de méthode.
Dans l’étude de fonctions faisant intervenir ln, les zéros de la fonction correspondent aux points où l’argument vaut 1. Par exemple, pour f(x) = ln(2x – 1), le zéro de f se trouve en résolvant 2x – 1 = 1, soit x = 1. Ce réflexe est directement opérationnel en terminale.
Dans le calcul de limites et tableaux de variation, la valeur ln(1) = 0 sert souvent de point d’ancrage pour évaluer le signe d’une expression logarithmique : si l’argument est supérieur à 1, ln est positif ; s’il est compris entre 0 et 1, ln est négatif. Cette propriété découle directement du fait que la fonction ln est strictement croissante et s’annule en 1.
Lien avec le logarithme décimal
Le programme de terminale distingue le logarithme népérien ln et le logarithme décimal noté log (ou log en base 10). Pour le logarithme décimal aussi, log(1) = 0, pour la même raison structurelle : 10^0 = 1.
Les deux fonctions partagent cette valeur nulle en 1, mais leurs bases sont distinctes et leurs dérivées diffèrent. Confondre les deux fonctions sur la valeur en 1 ne produit pas d’erreur, mais masque une différence fondamentale de comportement ailleurs sur leur domaine de définition.
La fascination que ln(1) = 0 exerce sur les élèves de terminale tient à cela : une égalité qui semble triviale mais qui, poussée jusqu’au bout, révèle la cohérence interne du logarithme – géométriquement via l’intégrale, algébriquement via les propriétés, analytiquement via la dérivée. C’est rarement dans les résultats spectaculaires que les mathématiques montrent leur structure, mais dans ces petits faits qui tiennent de partout à la fois.

